Cérémonie commémorative de la fin des conflits de la guerre d'Algérie
Cérémonie commémorative de la fin
des conflits de la guerre d'Algérie
Jeudi 19 mars 2009 à 11h15
Ancien cimetière
Allocution de Monsieur Eddie AIT
Maire de Carrières sous Poissy, Conseiller Régional d'Ile-de-France
Vice président de la Communauté d'agglomération
des deux rives de la Seine
Mesdames, Messieurs, les représentants des autorités civiles et militaires,
Mesdames, Messieurs les représentants des associations d'anciens combattants, résistants et déportés,
Mesdames, Messieurs les Présidents d'associations,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Il y a 47 ans, le 19 mars 1962 à midi, les accords d'Evian mettaient fin à ce que l'on qualifiait parfois d' « événements » d'Algérie, pour désigner des opérations de maintien de l'ordre ou de pacification, mais qui consistaient en réalité une véritable guerre d'indépendance.
Ce cessez-le-feu mit fin à huit ans de guerre. Il marquait la fin des combats sur le terrain entre les troupes françaises et les combattants de l'armée de libération nationale. Il fut la conséquence directe de la signature des accords d'Evian, ratifiés ensuite par une très large majorité du peuple français le 8 avril 1962 avec plus de 90 % des suffrages positifs.
La veille du 19 mars, à Evian, le Gouvernement français avait en effet cédé au Gouvernement provisoire de la république algérienne ses pouvoirs sur l'Algérie et le Sahara. Ces accords furent l'aboutissement d'âpres négociations, entamées en mai 1961 par les représentants du Gouvernement français et ceux du Gouvernement provisoire de la République algérienne. A plusieurs reprises, les négociations furent suspendues pour cause de désaccords sur certains points, concernant notamment la souveraineté algérienne sur le Sahara. D'après ces accords, l'Algérie deviendrait un Etat indépendant coopérant avec la France après que le peuple algérien se soit prononcé pour cette solution par un référendum d'autodétermination.
Aujourd'hui, devant ce monument aux morts, nous commémorons ensemble cet épisode très douloureux des relations entre la France et l'Algérie. La commémoration renforce les liens entre les générations. Elle est propice à l'enseignement, à la pédagogie, l'incompréhension du présent naissant souvent de l'incompréhension du passé.
Au-delà des anciens combattants, la date du 19 mars 1962 appartient à notre histoire. Le bilan de cette guerre fut lourd, beaucoup trop lourd : 25 000 militaires français tués, des disparus, 65 000 blessés, 152 000 morts dans les rangs du FLN, 500 000 morts algériens civils et combattants d'après les recherches historiques françaises actuelles, un million et demi de morts selon le Gouvernement algérien.
Trois millions de personnes déplacées, 300 000 orphelins, 400 000 détenus, 300 000 réfugiés au Maroc ou en Tunisie.
Malgré la signature des accords d'Evian, la guerre continuera à faire rage jusqu'à la proclamation solennelle de l'indépendance de l'Algérie le 3 juillet 1962.
Parmi ces morts, notre ville comptait plusieurs de ses enfants. Toute une génération, comme en témoigne votre présence ici en ce jour, a été marquée physiquement et psychologiquement par ce conflit. Soldats de métiers, harkis, jeunes appelés et rappelés du contingent pour deux ans et souvent plus et qui furent près d'un million et demi : tous ont connu la même épreuve. Saluons avec force leur sens du devoir, leur courage.
Il aura pourtant fallu attendre 1999 pour que la proposition de loi de Jacques Floch soit votée à l'unanimité par les deux Assemblées, et reconnaisse enfin le terme de « guerre d'Algérie » - là où on parlait pudiquement de « guerre sans nom » - et qu'elle accorde la qualité d'anciens combattants à près de deux millions d'appelés. Ce texte a ainsi permis une prise de conscience de l'importance des souffrances endurées par celles et ceux qui les avaient vécues.
Longtemps, les principales associations d'anciens combattants ont réclamé la commémoration de ce conflit ainsi que les combats au Maroc et en Tunisie. La commémoration porte reconnaissance, par la collectivité nationale, des souffrances endurées en son nom.
C'est pourquoi, dès 1963, la Fédération nationale des anciens combattants en Afrique du Nord a pris l'initiative de commémorer chaque année l'anniversaire du « 19 mars 1962 », « fin de la guerre d'Algérie », avec l'appui d'un nombre sans cesse croissant de municipalités.
Cette cérémonie s'inscrit dans une démarche de souvenir, de rétablissement de la vérité et de réconciliation. Rappelons-nous cette phrase d'Albert Camus, déchiré plus que tout autre par ce conflit : « Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout ».
Dans cette logique du « devoir de mémoire » et afin de sensibiliser les Carriérois, la Municipalité propose ce soir, à 18h, une conférence et une exposition réalisée par la FNACA.
Mais cette commémoration doit aussi être l'occasion de nous tourner vers l'avenir, en manifestant avec force notre volonté d'apaisement et de réconciliation durable entre deux pays qui ont une si longue histoire commune et partagent aujourd'hui un même idéal : celui de la paix.
Un demi-siècle après, nous devons nous enrichir de nos différences afin de pouvoir avancer du même pas vers un monde meilleur.
Je vous remercie.












